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  • Pandora Box (2), La paresse : Quand le véritable adversaire n’est plus celui à côté de nous

    Illustration d’ambiance : Sport de haut niveau, dopage et ambition (La paresse)

    Après avoir refermé le premier tome de Pandora Box, j’avais envie de poursuivre cette série qui semble utiliser un récit de fiction comme point de départ pour explorer des questions plus vastes que son intrigue.

    Le deuxième tome s’intitule La Paresse. À première vue, on suit Paris Troy, un champion du 100 mètres qui domine sa discipline depuis près de dix ans. Mais une blessure fragilise son retour au plus haut niveau. Les Jeux olympiques approchent, un jeune sprinter menace son record et, dans son entourage, la tentation du dopage se fait de plus en plus insistante.

    On pourrait croire que l’album parle principalement du dopage. En réalité, ce n’est qu’une porte d’entrée.

    Quand le dopage devient une solution… presque logique

    Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est que l’album ne présente pas le dopage comme le choix d’un « méchant ». Il montre plutôt un mécanisme. On imagine souvent que le sportif qui se dope cherche simplement à gagner plus facilement. Pourtant, dans cette histoire, les choses sont plus nuancées.

    Keen’V Mon héroïne

    Paris Troy a consacré toute sa vie à son sport. Son identité entière repose sur ses performances. Lorsqu’il commence à sentir que son corps ne répond plus comme avant, ce n’est pas seulement sa carrière qui vacille : c’est une partie de lui-même. La blessure, le vieillissement, la peur d’être remplacé, les attentes du public, les sponsors, les entraîneurs… tout cela crée une pression énorme.

    Le dopage apparaît alors non comme un objectif, mais comme une solution. Personne ne commence en se disant qu’il veut tricher. On finit parfois par s’en convaincre parce que les enjeux deviennent si importants qu’ils semblent justifier l’injustifiable.

    La paresse… vraiment ?

    Le titre m’a longtemps interrogée. Pourquoi La Paresse ? Après avoir refermé l’album, la réponse ne m’a pas paru aussi évidente qu’elle en a l’air.

    La paresse n’est pas ici le fait de ne rien faire. Paris Troy s’entraîne énormément. Il souffre et se bat contre son corps. La véritable paresse serait peut-être celle qui consiste à ne plus vouloir fournir l’effort nécessaire pour retrouver son niveau naturellement. Le dopage devient alors une sorte de raccourci, pas parce qu’on refuse tout effort, mais parce qu’on refuse l’incertitude.

    Continuer à travailler sans garantie de retrouver son ancien niveau demande en effet du courage et il est parfois difficile d’accepter qu’on ne puisse plus être le meilleur. Le produit interdit promet justement d’effacer cette incertitude. La paresse devient alors moins physique que morale : céder à la facilité lorsqu’un chemin plus exigeant existe encore.

    Le cheval de Troie

    Podcast Spotify : Qui a VRAIMENT gagné la guerre de Troie?

    L’autre aspect que j’ai beaucoup apprécié est la manière dont l’album fait dialoguer son histoire avec la mythologie grecque. Le héros s’appelle déjà Paris Troy. Il est impossible de ne pas penser immédiatement à Pâris de Troie.

    Le parallèle va même plus loin. Dans la mythologie, les Troyens ouvrent eux-mêmes les portes de leur cité en faisant entrer le fameux cheval de bois, convaincus d’accueillir un cadeau. Et ce qui devait les sauver provoque leur perte.

    Le dopage joue exactement le même rôle. Il se présente comme une aide, une solution, une promesse. Mais une fois accepté, il devient impossible d’ignorer ce qu’il entraîne avec lui. Il ne s’agit pas seulement d’un produit. C’est le cheval de Troie que l’on choisit volontairement de faire entrer dans sa propre vie. Et j’ai trouvé cette métaphore particulièrement réussie.

    Derrière le sport, une réflexion plus universelle

    Même si le récit parle d’athlétisme, j’ai rapidement eu l’impression que le sujet dépassait largement le cadre du sport. Combien de personnes cherchent aujourd’hui des raccourcis, dans le travail, dans les études, dans les réseaux sociaux, dans les investissements, dans le développement personnel… ? Nous vivons dans une époque où tout promet d’aller plus vite, de gagner plus rapidement, d’apprendre plus vite, de produire davantage, et d’être plus performant. Le dopage devient finalement le symbole de toutes ces solutions qui promettent des résultats immédiats en faisant oublier leur coût à long terme.

    Germinal, de Zola (couverture Audible)

    Notez que, comme le dopage apparaît alors comme un moyen d’augmenter sa « productivité », j’ai fait un rapprochement avec les romans de Zola ou de Dickens : ils montrent tous comment la quête de rendement peut pousser un individu à dépasser ses limites jusqu’à se perdre lui-même. Je trouve même que La Paresse dialogue très bien avec Germinal. Dans les deux œuvres, la question n’est pas seulement : « Pourquoi les personnages trichent-ils ou se révoltent-ils ?« , mais plutôt : « Quel système les conduit à envisager des choix qu’ils auraient auparavant refusés ? » C’est ce qui rend ces histoires intemporelles : elles parlent moins de leurs personnages que des mécanismes économiques et sociaux qui pèsent sur eux.

    Ce qui m’a plu

    Une nouvelle fois, j’ai apprécié que la série ne cherche pas à donner une réponse définitive. Elle pose des questions, elle laisse le lecteur réfléchir. Et comme dans le premier tome, le thème annoncé n’est finalement que la partie visible de l’iceberg. On commence par parler de paresse, mais on finit par réfléchir à l’identité, au vieillissement, à la peur de perdre sa place, à l’argent, à la compétition, à la réussite, à l’éthique, à la pression sociale et à la facilité.

    J’aime beaucoup cette façon de raconter une histoire : partir d’un sujet qui semble simple pour ouvrir progressivement sur des réflexions beaucoup plus larges. C’est exactement le genre de lecture qui me donne envie de tourner les pages, non pas seulement pour connaître la fin, mais parce que chaque chapitre soulève une nouvelle question.

    Ma recommandation

    Je recommande cet album, même à quelqu’un qui ne s’intéresse pas particulièrement au sport parce que le dopage n’est finalement qu’un prétexte pour parler d’un sujet beaucoup plus universel : notre rapport à l’effort et à la facilité. Et c’est probablement cela que j’apprécie le plus dans Pandora Box.

    Sous l’apparence d’une bande dessinée accessible, la série invite le lecteur à réfléchir sur des thèmes complexes, sans jamais donner l’impression de faire la leçon. Il s’agit d’une histoire qui se lit rapidement… mais qui continue à travailler l’esprit bien après avoir refermé l’album.

    La version vidéo

    J’ai également réalisé une vidéo courte sur cette lecture dans ma playlist “Bref ! j’ai lu…” :
    À voir ici : Ma vidéo YouTube (sera publiée prochainement)

    Bref ! J’ai lu …

    Pandora Box — Tome 2 : La Paresse, de Alcante – Radovanovic 

  • Pandora Box — Tome 1 : L’orgueil : quand la science rencontre le pouvoir

    Illustration d’ambiance : laboratoire, clonage et enquête politique sous tension (L’orgueil).

    Un projet scientifique. Une campagne présidentielle. Et, au centre de tout, une idée qui dépasse ses propres limites.

    Avec Pandora Box – Tome 1 : L’orgueil, on entre dans un récit où la biotechnologie, la politique et les décisions humaines s’entremêlent progressivement, jusqu’à former un ensemble à la fois cohérent… et inquiétant.

    Une entrée en matière brutale et dérangeante

    Dès les premières pages, le ton est donné. L’histoire s’ouvre sur une scène d’accouchement, un moment que l’on associe spontanément à un commencement, à une naissance. Mais ici, tout bascule presque immédiatement « du côté obscur ».

    La scène est violente, et installe une tension inhabituelle pour ce type de contexte. Cette bande dessinée ne cherche pas à rassurer, ni à adoucir son propos. Elle s’adresse clairement à un lectorat adulte, prêt à accepter une certaine dureté dès le départ.

    Une intrigue entre politique et scandale

    Donald Trump – YMCA (MAGA Music Video)

    L’action se déroule aux États-Unis, en pleine campagne présidentielle. À cinq jours des élections, le président sortant, Narcisse Shimmer, domine largement les sondages. Son assurance, son image et les résultats de sa politique le placent en position de force.

    Mais cette domination a un revers. Face à lui, ses adversaires politiques, en manque de solutions, décident de jouer une autre carte : celle du scandale.

    Ils engagent donc un détective privé chargé de trouver une faille capable de faire chuter le président. Le compte à rebours commence.

    Quand les sphères se croisent

    Au fil de l’enquête, le récit quitte rapidement le simple terrain politique. Et d’autres enjeux apparaissent. D’autres intérêts entrent également en jeu. La science, la recherche, les ambitions personnelles : tout se superpose, se répond, et parfois s’oppose. Ce qui semblait être une affaire ciblée devient progressivement plus complexe… et surtout plus instable.

    L’orgueil comme fil conducteur

    Narcisse (Mythologie grecque)

    Le titre du tome ne laisse aucun doute. Au-delà du clonage et des avancées scientifiques, il s’agit d’une réflexion sur l’orgueil humain : cette tentation de dépasser les limites, de croire que l’on peut tout prévoir, tout maîtriser, même ce qui par nature échappe au contrôle.

    Le choix du nom du président, Narcisse, résonne d’ailleurs comme une évidence. Et comme dans le mythe, c’est souvent en se regardant trop soi-même que l’on finit par perdre de vue le reste.

    Une tension qui s’installe lentement

    Le récit ne repose pas sur des rebondissements spectaculaires. Il avance par détails, par décisions qui, mises bout à bout, créent un déséquilibre. Les dialogues, les silences et les non-dits participent à cette montée progressive de tension. Et c’est précisément ce qui rend l’ensemble captivant.

    Une bande dessinée qui interroge plus qu’elle n’affirme

    Pandora Box — Tome 1 : L’orgueil ne cherche pas à imposer une réponse. Mais elle interroge le rapport entre progrès scientifique et responsabilité, elle met en lumière les mécanismes du pouvoir et questionne les décisions humaines, parfois guidées par des logiques qui dépassent la simple rationalité. C’est une lecture qui laisse au lecteur la place de réfléchir.

    Pourquoi je le recommande

    Je recommande cette bande dessinée pour la richesse des réflexions qu’elle propose.

    Explication mythologique sur la boite de Pandore

    Elle explore d’abord les liens entre progrès et risques : les avancées scientifiques, comme le clonage ici, peuvent représenter des opportunités, mais elles deviennent rapidement problématiques lorsqu’elles sont utilisées sans recul ou dans un contexte inadapté.

    Elle s’inscrit également dans une réflexion politique où se mêlent manipulation, pression, contrôle et communication. On y retrouve cette impression que certaines décisions dépassent ce qui est visible, et que les enjeux réels se jouent ailleurs.

    Enfin, elle aborde la question des choix humains parce qu’au-delà des stratégies et des systèmes, il reste toujours des individus avec leurs convictions, leurs limites, et parfois leurs contradictions.

    Quand la fiction fait écho au réel

    Comme pour ma lecture précédente, le contexte dans lequel j’ai découvert cette BD a renforcé son impact. Je la lisais en pleine période d’élections municipales, avec cette atmosphère particulière : discussions, stratégies, prises de position, communication… Une forme de tension diffuse, parfois difficile à définir, mais bien présente.

    Et au fil de la lecture, un parallèle s’est installé, pas dans les faits bien sûr, mais dans les mécanismes : Cette impression que certaines décisions se prennent en dehors du regard direct, que les enjeux peuvent rapidement changer d’échelle, et que l’équilibre reste fragile. Ce décalage entre fiction et réalité a rendu l’ensemble encore plus immersif.

    La version vidéo

    J’ai également réalisé une vidéo courte sur cette lecture dans ma playlist “Bref ! j’ai lu…” :
    À voir ici : Ma vidéo YouTube

    Bref ! J’ai lu …

    Pandora Box — Tome 1 : L’orgueil, de Pagot – Alcante